Environnement Numérique et Intelligences Artificielles 2025-2026
séances les vendredi à 16h en Amphi des loges
7 novembre : Jonah Marrs, Julien Prévieux, Vincent Rioux
Introduction aux histoires, au fonctionnement et aux dysfonctionnements d'une technologie imaginée dans les années 50
14 novembre : Evarin
Dans la marmite des rêves de l'artificiel
Evarin est un jeune artiste et chercheur, titulaire d'un doctorat en Recherche-Création et Intelligence Artificielle du programme SACRe (ENS-PSL).
Son parcours a commencé par des études scientifiques à l'École Normale Supérieure (Paris) en mathématiques et en informatique, suivies d’une spécialisation en Vision par Ordinateur et Intelligence Artificielle à l’Université Paris-Saclay. En parallèle de ses études, Evarin a développé une pratique artistique propre, et contribué à plusieurs expositions et festivals d’art étudiant. Son travail a été montré lors d'expositions et de présentations dans différentes institutions, notamment le Musée du Jeu de Paume (Paris), la Gaîté Lyrique (Paris), l'École nationale des Beaux-Arts (Paris), la galerie d'art CVPR (Seattle), la conférence de recherche VSAC (Amsterdam) et l'Université de Genève (Suisse).
Dans son travail, il explore notre relation à ces êtres algorithmiques, et la manière dont leur comportement nous renvoie à notre propre irrationalité. Ses œuvres visuelles, fondées sur ses propres recherches algorithmiques, évoquent plus qu'elles ne montrent, restent ouvertes à l'interprétation ; elles invitent à la rencontre avec ces machines nourries de nos données ; elles ouvrent la porte de leur intériorité, leurs contradictions, leurs paradoxes.
Qui a dit « Intelligence artificielle » ? On devrait plutôt l’appeler « mille-feuille matriciel » : même les réseaux de neurones artificiels les plus modernes ne sont rien de plus que d’innombrables couches de multiplications de matrices, dont les coefficients sont ajustés sur de gigantesques ensembles de données d’apprentissage. Rien de très sophistiqué. Rien de très poétique.
Et pourtant.
Dans la fournaise computationnelle, l’IA ne se contente pas d’optimiser : elle brûle, suinte, et cristallise nos souvenirs cybernétiques. Des formes inattendues se condensent sous l’effet de la chaleur, images latentes et fascinantes qui portent l’empreinte fantomatique de notre inconscient collectif. Une soupe primitive aux multiples possibles, pour qui sait la cuisiner.
Dans cette conférence performée, avec légèreté, l’artiste et chercheur Evarin lèvera un peu du mystère du fonctionnement des IAs modernes, tout en dévoilant ses outils et sa manière personnelle d’aborder les rêves de l’artificiel.
21 novembre : Fabien Ducrot, Iman Malik, Gao Wenqian
Un véhicule recombinant : archives et nouvelles associativités
Fabien Ducrot est un acien étudiant des Beaux-Arts de Paris, sculpteur, photographe et artiste numérique. Depuis dix ans, il développe ses propres modèles d'intelligence artificielle qu'il code et entraîne lui-même à partir d'archives de musées disponibles en ligne.
Son travail explore comment la machine construit une représentation du monde à partir de ces collections numérisées. En analysant des milliers d'images issues du patrimoine culturel, ses algorithmes génèrent de nouvelles formes qui révèlent à la fois les motifs profonds traversant l'histoire de l'art et les partis pris propres aux choix de conservation et de numérisation des institutions.
Iman Malik Iman Malik est artiste et chercheuse en intelligence artificielle. À travers la sculpture, la performance et la technologie, elle explore comment les systèmes, humains et artificiels, façonnent l’identité, l’agence et la valeur. En réinvestissant le corps comme terrain d’expérimentation, son travail interroge la condition humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.
28 novembre : Dominique Peysson, Magali Desbazeille
Escargots et Barbapapa
Dominique Peysson
Dominique Peysson est artiste plasticienne et chercheuse en arts. Elle a deux doctorats, en art contemporain et nouveaux médias et en physique, et un diplôme d'ingénieur. Elle a mené ses recherches et enseigné à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Ensad), puis à l’université Paris-Est Marne-la-vallée. Elle propose des installations, vidéos et performances mettant à l’épreuve l’interfaçage entre le vivant et la technologie. Ses œuvres ne sont pas des démonstrations de puissance. Elles interrogent avec humour et poésie les hybridations entre processus vivants et processus techniques, à la frontière entre le naturel et l'artificiel ou l'inerte et le vivant. Elle travaille directement avec des laboratoires de recherche, afin d’interroger le futur de nos technologies à venir. Elle a reçu le prix S+T+ARTS Vertigo 2019 et le prix ISEA 2023. Elle expose régulièrement en France et à l’étranger. Elle est l’auteure de nombreuses publications, dont l’ouvrage L'Image-Matière chez Dis Voir, qui a aussi été traduit en anglais par Vanessa Place.
Magali Desbazeille
www.desbazeille.fr
Magali Desbazeille découvre la peinture à 3 ans, en 1974 ; gagne son premier prix de dessin à 8 ans, remis à l’Hôtel de Ville de Paris par Bernadette Chirac ; étudie aux Beaux-Arts à Paris, au Hunter College à New York, au Fresnoy à Tourcoing. Elle aime faire le grand écart entre des commandes publiques qui mettent plusieurs années, font de 12m de long, pèsent 1,5 tonne de métal et impliquent une grande équipe ; des projets net-art qu’elle dessine à la main et des performances sur l’IA dans lesquelles elle cuisine de la mayonnaise ou de la barbe à papa et pour lesquelles elle charge toute seule sa voiture et elle y va… - voilà.
5 décembre : Eduard Fosch, Stephen Whitmarsh, Benoît Fliche
Intelligences du corps, corps de l'intelligence
Eduard Fosch-Villaronga, Ph.D., LL.M., M.A., est Associate Professor et Director of Research au eLaw – Center for Law and Digital Technologies de l’Université de Leiden. ERC Laureate, il étudie les aspects juridiques et éthiques de la robotique et de l’intelligence artificielle, en particulier dans le domaine du soin, de la diversité et de la vie privée. Il dirige les projets ERC SAFE & SOUND (2023–2028), sur la science pour les politiques robotiques, et NWO-VIDI Sex, Care & Robots (2026–2031), consacré à la réalisation des droits sexuels à l’ère technologique.
Entre soin, assistance et intimité, les technologies robotiques redessinent aujourd’hui les frontières du corps et de la vulnérabilité. Dans cette présentation, Eduard Fosch Villaronga s’intéresse aux technologies d’assistance — comme les exosquelettes — et aux défis que pose leur conception en matière d’inclusivité et de diversité corporelle. Si ces dispositifs cherchent à soutenir la mobilité, la santé ou l’autonomie, ils révèlent souvent des angles morts : des choix de design qui ignorent les différences de genre ou les besoins singuliers des corps qu’ils prétendent aider. Au-delà des fonctions vitales — marcher, manger, se vêtir —, cette intervention propose d’élargir le champ du “care” à l’intimité et à la sexualité, en interrogeant la place du désir, du droit et de la dignité dans un futur où le soin pourrait aussi être technologique.
Stephen Whitmarsh is a neuroscientist and manager of the Data Analysis Core facility of the Paris Brain Institute (ICM), leading a multidisciplinary team specialized in bioinformatics, statistics, AI, and data management. He also coordinates the ANR-funded Brain Body Digital Music Instruments project with partners including MSH Paris Nord, Université Paris 8, CICM/MUSIDANSE, Soixante circuits, and Goldsmiths University of London, developing open-source tools for musical creation using neuroelectric signals. Since 2009, he has engaged in art–science collaborations through initiatives such as OuUnPo, Vision Forum, 1+1=3, and EEGsynth, exploring multisensory neurofeedback and brain–computer interfaces for sound performance and composition.
Benoît Fliche est anthropologue, Directeur de recherche au CNRS (IDEAS – Aix-Marseille Université). Docteur en anthropologie et habilité à diriger des recherches, il a été auparavant directeur de l’Institut d’Ethnologie Méditerranéenne, Européenne et Comparative (IDEMEC) et a siégé dans de nombreuses instances nationales de la recherche (section 38 du CoNRS, HCERES, musée du Quai Branly).
Spécialiste de la Turquie contemporaine, il a consacré ses premiers travaux aux mobilités, aux dynamiques rurales et urbaines, aux pratiques votives et aux lieux de culte partagés entre musulmans et chrétiens. Depuis plus de quinze ans, il développe une anthropologie du sujet et de l’Autre, en articulant anthropologie, psychanalyse lacanienne, topologie et théorie des discours.
Ses recherches actuelles explorent les formes de subjectivation dans les expériences dites « non ordinaires » : transe, hypnose, rencontres avec des intelligences non humaines, phénomènes d’abduction et transformations induites par l’intelligence artificielle. Il mène pour cela des terrains en Turquie et en France, associant enquêtes ethnographiques, psychanalyse et modélisation théorique.
Il est l’auteur de deux ouvrages, dont Au lieu de la différence. Essai de topologie turco-ottomane (Karthala, 2023), et a dirigé plusieurs numéros de revues. Il a à cœur d’enseigner (L3) et a dirigé ou co-dirigé de nombreuses thèses en France et à l’étranger.
12 décembre : Bruno Pace, Sébastien Piquemal
L'Intelligence Artificielle : Perspectives technologiques et politiques
Sébastien Piquemal
Artiste numérique, il interroge son rôle de créateur individualiste dans un espace public saturé, et explore des modalités alternatives de production telles que l'anonymat, le hacking ou la gestion de communs. Défenseur de la culture libre et développeur open source prolifique, il est notamment l'auteur de WebPd, un outil de création audio pour le web. Activiste, il est engagé dans la lutte pour la défense de l'environnement et la justice sociale auprès de collectifs militants décentralisés. Ingénieur, il œuvre dans le secteur public à mettre l'IA au service de la transition écologique.
Bruno Pace
Fasciné·e par la tendance de la matière à s'auto-organiser en formes vivantes et par la perpétuelle générativité de complexité de l'Univers, Bruno Pace a grandi en étant curieux·se de différents domaines tels que la cosmologie, la biologie moléculaire, la musique, l'électronique, la biosémiotique, les (méta)mathématiques, la linguistique, la ((méta)méta)physique et la cuisine. Entre 2002 et 2020, Bruno a suivi un parcours de recherche scientifique, passant par l'ingénierie de systèmes, la physique statistique, la physique de l’information, les réseaux complexes, la biologie mathématique et la bioinformatique. Malgré tout l’attrait pour ces sujets de recherche, force était de constater qu’il lui manquait quelque chose dans ce processus scientifique qui prône l’effacement du sujet qui recherche - ainsi que l’universalité prétendue de ses approches -, qui ne met pas en question sa propre organisation politique ni ses formats rigides d’écriture. Et c’est à partir de cette position que la notion de recherche-création a contaminé sa pratique. Bruno occupe actuellement quelques-unes des frontières labyrinthiques inexplorées entre les arts, les sciences et la philosophie en utilisant différents médias — mots, vidéo, performance, son, dessin, jeux de cartes et installation — pour expérimenter différentes modalités de recherche-création avec l'émergence, les tresses, la queerité, le hacking et d'autres formes de reprogrammation des réalités.
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